Femmes de Justice
Femmes de Justice

Entretien avec Myriam Georges,directrice de greffe du TGI de Versailles,membre de l'association Femmes de justice

En premier lieu, pouvez-vous évoquer pour nous votre parcours professionnel ?

 

J'ai découvert les métiers de greffe en faisant du baby-sitting dans une famille qui côtoyait un couple de greffiers en chef...

A l’issue de mes études de droit à l’Université de Montpellier,  j’ai été admise au concours de greffier en chef en 1977. Mon premier poste a été celui de directrice de greffe du tribunal d'instance de Montélimar qui comptait sept fonctionnaires. J’y suis restée un peu plus de six ans. En mars 1985, j’ai obtenu une mutation pour rapprochement de conjoints au tribunal d'instance de Longjumeau. Les fonctions étaient les mêmes mais la juridiction plus importante puisque 28 fonctionnaires y étaient affectés.

En mars 1994, j’ai réalisé mon avancement au 1er grade au greffe du tribunal de grande instance de Paris. J’ai alors pris la responsabilité du service pénal composé de 250 fonctionnaires, suivi plus particulièrement la mise en place de la nouvelle chaîne pénale et procédé aux réorganisations  qui l’accompagnaient. En 1996, j’ai changé de service pour la chaîne civile où j’ai piloté l’implantation de Winci et les réorganisations de services en résultant.  

En novembre 2001, j’ai obtenu ma mobilité au TGI d'Evry où j’ai géré la chaîne pénale et mis en place l'ARTT dans l’ensemble de la juridiction. J’y suis restée trois ans puis j’ai pris la direction du greffe du TGI de Melun.

Enfin, c’est en septembre 2010 que j’ai été nommée sur le poste de directrice de greffe du tribunal de grande instance de Versailles qui compte 206 fonctionnaires.

 

Pouvez-vous nous parler de votre métier et de vos fonctions au TGI de Versailles ?

 

Mon parcours diversifié m’a apporté des compétences professionnelles qui m’ont permis d'assumer des responsabilités de plus en plus importantes. Il m’a aussi donné l'envie de découvrir des univers nouveaux, chaque structure ayant des organisations adaptées à la taille et à la diversité des contentieux traités.

Tout au long de ma carrière, j'ai bénéficié d'une formation continue de qualité tant à l'école des greffes qu'en formation régionale.  J’ai aussi apprécié les quelques formations communes organisées avec l'ENM auxquelles j’ai participé et notamment, le plan de formation des cadres que j’ai suivi d'abord comme stagiaire puis comme co-directrice. Pendant de nombreuses années, j’ai d’ailleurs moi-même assuré des formations en qualité de formatrice occasionnelle. J’ai aussi pris part à des jurys de concours et à de nombreux groupes de travail sur le référentiel des métiers de greffe, le métier de greffier en chef, la formation des greffiers et des greffiers en chef, les GARM et les GAM...

Les fonctions de directeur de greffe ont de multiples facettes qui vont de la gestion des ressources humaines à la gestion budgétaire et des bâtiments en passant par l'organisation des services, le dialogue social, la direction partagée avec les chefs de juridiction, les échanges avec le service administratif régional et l'ensemble des partenaires, auxiliaires de justice, autres administrations ou directions.

J'ai découvert  à Paris le fonctionnement en équipe que j'ai retrouvé à Versailles avec une équipe de dix directeurs de service permettant d'apprécier et de mesurer la force et l'efficacité de projets menés en complémentarité.

L'évolution de nos métiers a suivi l'évolution de la société avec le développement des nouvelles technologies mais aussi une professionnalisation de plus en plus grande nécessitant une maîtrise des outils et une réflexion permanente sur nos méthodes de travail.

J’ai choisi de partir à la retraite avant de ne plus pouvoir exercer mes fonctions avec autant d’implication, la nécessité de réactivité  de plus en plus exigeante et les évolutions en cours et à venir demandant une énergie que je tiens à conserver le plus longtemps possible pour me consacrer désormais à d’autres passions.

Ce départ marque une étape importante après 38 ans de vie professionnelle qui a contribué à mon épanouissement avec une recherche permanente d’un équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

 

Quels sont vos constats en matière de mixité, de parité et d’égalité professionnelle ?

 

Dès mon arrivée au Ministère de la Justice, j'ai constaté que les postes de responsabilité étaient occupés par les hommes alors que les greffes étaient déjà très féminisés. J'ai été la première femme nommée à la tête du greffe du tribunal de grande instance de Versailles et c'était en 2010 !

Mes enfants Jean-Christophe et Céline sont nés en 1987 et en 1988. J’ai alors demandé un temps partiel, autorisation que l’administration m’a refusée en raison des responsabilités particulières que j’exerçais en qualité de directrice de greffe. Il m’est aussi arrivé de renoncer à demander certains postes afin de pouvoir concilier vie professionnelle et vie de famille.

J'ai souvent ressenti la nécessité de devoir m'imposer ou me faire accepter dans certaines circonstances où je me suis sentie en minorité ou devant faire valoir des contraintes horaires liées à mes obligations familiales (ex : réunions tardives).

J’ai travaillé avec de nombreux chefs de juridictions essentiellement des femmes quand j’ai exercé mes fonctions au Tribunal d’instance mais une seule sur les 12 chefs de juridiction Présidents ou Procureurs des tribunaux de grande instance ……..

 

Qu’est-ce que l’association Femmes de Justice peut apporter selon vous ?

 

Je pense que l'association Femmes de Justice peut favoriser un dialogue entre des femmes ayant des expériences différentes en fonction de leur appartenance aux différentes directions du Ministère. Je souhaite qu’elle puisse aussi permettre, au sein des services judiciaires, des échanges nouveaux entre magistrates et femmes fonctionnaires.

 

Entretien avec Marie-Laure Tenaud,directrice des services à la protection judiciaire de la jeunesse et membre de l'association Femmes de Justice

 

Quel est votre parcours ?

 

Après avoir obtenu une maîtrise en droit européen et une maîtrise en science politique, j'ai intégré la Protection judiciaire de la jeunesse en qualité de directrice des services en 2003.

 

J’ai d’abord été directrice du centre de placement immédiat de Pantin pendant près de cinq ans. Puis j’ai exercé les fonctions de chargée de communication auprès de la direction inter-régionale de l’Ile-de-France et de l’Outre-mer avant de rejoindre à nouveau la Seine-Saint-Denis depuis 2011 comme directrice d’un service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO).

 

 

 

 

Pouvez-vous parler de votre métier et de vos fonctions actuelles ?

 

Je suis directrice du service territorial éducatif de milieu ouvert de Pierrefitte-sur-Seine (93). Ce service est composé de trois unités de milieu ouvert et d’une intervention éducative auprès des mineurs incarcérés à la maison d’arrêt de la Seine-Saint-denis.

 

Le STEMO comprend 47 agents : responsables d’unités éducatives, psychologues, éducateurs, assistantes de service social et adjoints administratifs. Ces équipes pluridisciplinaires ont pour mission d’aider à la préparation des décisions de l’autorité judiciaire et de mettre en œuvre les mesures et sanctions éducatives et les peines décidées par les magistrats.

 

Je suis garante du bon fonctionnement pédagogique et administratif du service.

 

Ma fonction première est de diriger l’équipe des cadres de proximité en charge de chacune des unités (les responsables d’unités éducatives). Je représente mon Administration auprès des partenaires et dans le cadre des politiques publiques locales relatives à la justice des mineurs.

 

Mes fonctions sont extrêmement diversifiées. Si le management et le pilotage de l’activité du service représentent une part importante de mes missions, les instances partenariales et institutionnelles m’amènent à rencontrer des acteurs engagés et mobilisés au service de la jeunesse et à découvrir de multiples horizons  (éducation spécialisée, association de prévention, magistrature, politique de la ville, services de police, Education nationale….).

 

Quels sont vos constats en matière de mixité, de parité et d’égalité professionnelle ?

 

La fonction de directeur des services de la Protection judiciaire de la jeunesse est un métier qui a connu une forte féminisation comme l’ensemble des métiers de la Justice. La direction de la PJJ est assurée depuis plus de trois ans par une femme, Catherine SULTAN.

 

La direction de la Seine-Saint-Denis, au sein de laquelle j’exerce mes fonctions depuis 2005, a presque toujours eu à sa tête un binôme femme-homme tant en qualité de directrice/directeur territorial-e qu’en tant que directeur/directrice territorial-e adjoint-e.

 

Qu’est-ce que l’association femmes de justice peut apporter selon vous et quelle plus-value en attendez-vous?  

 

J’ai adhéré à l’association « femmes de justice » car les questions d’égalité et de parité femmes-hommes me semblent des enjeux importants de société et ne me paraissent pas toujours aller de soi dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle.

 

En outre, maman d’un petit garçon de deux ans et demi, l’équilibre délicat entre ma carrière et ma vie privée est une préoccupation qui se fait plus présente aujourd’hui.

 

Je pense que l’association « femmes de justice » pourrait me permettre de rencontrer des femmes qui se posent ou se sont posées les questions qui me traversent et me faire bénéficier de leurs expériences.

 

Je n’ai pas encore eu l’occasion de m’inscrire à la session d’accompagnement professionnel organisée par l’association mais ce type de propositions m’intéresse beaucoup.

         Femmes de droit: émission n°6

Portrait de Nicole Combot,magistrate,inspectrice des services judiciaires et membre de l'association Femmes de justice

Pourquoi vous êtes-vous investie au sein de cette association ?

 

Il y a une féminisation croissante des nouvelles promotions de magistrats.

Il serait important que le corps de la magistrature soit davantage le reflet du corps social avec un meilleur équilibre des sexes. On constate aussi que les femmes, bien qu'étant en très grand nombre dans la magistrature, accèdent très peu aux postes de la haute hiérarchie judiciaire. Là aussi, il me paraît nécessaire de trouver un équilibre des sexes.

 

Venons-en à votre parcours. Un parcours atypique pour deux raisons : d'abord, parce que vous êtes diplômée en philosophie et ensuite parce que vous avez été institutrice. Justement y a-t-il un lien entre la profession de magistrat et celle d'enseignant ?

 

Pour moi, il y a un lien très fort entre ces deux métiers. Lorsqu'on rédige une décision, on a le souhait qu'elle soit motivée, compréhensible et accessible, que la personne à laquelle elle est destinée la comprenne. C'est le même souci que l'on a quand on est enseignant.

 

Est-ce que votre formation en philosophie vous a également servie en tant que magistrate ?

 

Ces études de philosophie m'ont permis de toujours me poser des questions, de toujours me remettre en question, de douter quand cela était nécessaire, d'arrêter des décisions quand il le fallait aussi. Cela m'a également permis de prendre du champ, du recul par rapport à mes fonctions, d'essayer de les inscrire dans un contexte plus large.

 

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l'école nationale de la magistrature ?

 

Ces deux années marquent un peu d'une empreinte indélébile. C'est bien évidemment le moment où l'on se forme mais c'est aussi le moment où l'on naît, en quelque sorte, à la magistrature. C'est le moment où l'on prend pleinement conscience de ce que sera le futur métier de magistrat mais également la charge que cela implique sur le plan de la posture, de la déontologie.

 

A la sortie de l'école nationale de la magistrature, vous êtes nommée sur un poste où vous êtes principalement chargée de l'application des peines.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur le rôle du juge de l'application des peines ?        

 

C'est un rôle qui s'est beaucoup complexifié mais qui, je crois, est aujourd'hui beaucoup plus complet, beaucoup plus collectif.

 

Puis vous venez travailler en administration centrale, à la Direction des affaires criminelles et des grâces. Vous participez à l'élaboration des textes de loi. Qu'est-ce que cela apporte à un magistrat ?

 

Dans une direction législative, on est à la fois dans une position d'expert juridique mais également de magistrat. On est un peu le gardien de la cohérence d'un système, ça c'est le côté expert juridique, mais on est également extrêmement soucieux de la manière dont le texte va pouvoir être applicable par les magistrats, va pouvoir s'appliquer dans les juridictions. Quand le magistrat retourne en juridiction, il est enrichi par cette expérience. Il a compris que la loi, lorsqu'elle est votée, est le fruit d'arbitrages politiques, d'arbitrages parlementaires. Son interprétation de la loi est d'autant plus nécessaire.

 

Vous retournez ensuite en juridiction. Vous occupez des fonctions juridictionnelles, de juge

d'instance, puis des fonctions administratives, de secrétaire générale d'une juridiction. Quel est l'intérêt de passer de fonctions juridictionnelles à des fonctions administratives et vice-versa ?

 

Ce que je trouve intéressant, c'est que les fonctions juridictionnelles éclairent d'un autre regard les autres fonctions, que je dirais plus administratives, et vice-versa.

 

Vous partez ensuite travailler à l'Ecole nationale de la magistrature. Vous devenez coordinatrice de la formation continue. Qu'est-ce qui vous a donné envie de candidater à ce poste ?

 

J'ai candidaté sur ce poste à l'ENM parce que j'ai moi-même participé à des formations organisées par l'Ecole nationale de la magistrature et qui m'ont donné du souffle. J'avais l'impression à la fois de mieux comprendre la matière, d'avoir pris de la hauteur par rapport à la matière et de revenir en juridiction avec une approche plus sereine et plus maîtrisée des règles de droit.

 

Après ce poste à l'Ecole nationale de la magistrature, vous êtes nommée inspectrice des

services judiciaires. Vous participez au contrôle du fonctionnement des juridictions. Y a-t-il pour vous une continuité entre les deux postes ?

 

J'ai candidaté à l'inspection générale des services judiciaires parce qu'il me semblait que ce n'était pas un poste très éloigné de celui que j'exerçais à l'ENM. A l'ENM comme à l'inspection générale des services judiciaires on est là, me semble-t-il, notamment pour mettre en exergue les bonnes pratiques que l'on peut rencontrer dans les juridictions.

 

Et comment se déroulent les contrôles de l'inspection générale des services judiciaires ?

 

Les contrôles permettent d’analyser et d’identifier les difficultés que rencontrent les juridictions en termes d’organisation, et de préconiser des solutions pour y remédier. Généralement, quand on repart de la juridiction, on s'aperçoit qu'un dialogue de qualité s'est instauré. D'abord les magistrats et les fonctionnaires apprécient de pouvoir parler de leur travail, ils y voient véritablement une valorisation. Et puis surtout, en général avec nous, des pistes ont d'ores et déjà pu être explorées pour améliorer le travail de la juridiction et rendre un meilleur service au justiciable.

 

En conclusion, au vu de votre expérience, qu'est-ce qu'un magistrat doit selon vous garder en mémoire ?

 

Ce qui doit guider le magistrat, c'est qu'il rende une décision pour une personne déterminée, dans le cadre d'une situation bien définie et au service de la personne. Il doit chercher à apaiser une situation, à faire en sorte notamment que les personnes puissent continuer à vivre ensemble une fois que la décision est rendue. La décision du magistrat est là pour favoriser cette coexistence.

 

Nicole Combot merci !

 

Interview réalisée par le ministère de la Justice –

DICOM – Damien Arnaud

Devenir membre

Vous voulez devenir membre ?

Télécharger notre bulletin d'adhésion directement sur notre site

Cliquer ici !

Le mot de la présidente

Cliquer ici

Le rapport d'activité 2016 est en ligne

Cliquer ici pour accéder au rapport d'activité

De vous à nous!

Faites nous part de vos idées, suggestions et dialoguez avec nous

Pour nous contacter

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Femmes de Justice